90 ans en 36 souvenirs.

 

Grand-mère,

Evoquer des souvenirs, c’est d’abord, toute petite : une phrase « aller chez Grand-père et Grand-mère ».
Tout de suite, dans ma tête, c’est un peu magique. Parce que d’abord en arrivant, après la longue route, il y a le magasin, un peu impressionnant avec sa vitrine illuminée de photos et sa lourde porte en verre.
« C’est là ! C’est là ! » C’est l’impatience, doublée de fatigue. Avec les parents et Martin, on passe la porte et c’est l’instant des retrouvailles devant ou derrière le grand comptoir en L. Dans les bras, on reçoit des bisous, des « ma petite cane », « mon petit chat » puis reposés au sol, on explore, on découvre des trésors : des peluches kodaks, des portants publicitaires, le grand bonhomme rayé…
Dans la pièce à côté, on trouve le cube blanc pour les portraits, la peluche de Babar et ces grands parapluies noirs qui font des flashs.

Dans le magasin, on ne peut pas trop y jouer, c’est vrai. Mais on peut « aider » !  Grand-mère me permet d’attraper les pellicules à déposer sur le comptoir (attention à ne pas se tromper ! il y a toute une étagère qui couvre tout le mur) ; d’ouvrir les rouleaux de pièces de monnaie à installer dans la caisse et même de cocher mat ou brillant au feutre noir avant de glisser dans la pochette les films à développer. Il y a une photocopieuse pour dupliquer les coloriages bien sûr….  Et même, c’est arrivé, je me souviens traverser la cour pour aller aider à développer les photos. C’est-à-dire ne jamais ouvrir les deux portes en même temps et rester debout sur un tabouret à voir apparaitre des images après avoir passé des boites de différents formats à Grand-père.

Aussi quand on arrive très souvent c’est la nuit, le soir. Alors c’est dans la cuisine qu’on monte vite, vite pour peut-être, des pâtes au jambon, ou parfois même, quand on est le 22 décembre et que c’est bientôt Noël, c’est mon diner d’anniversaire !! Grand-mère pense toujours à mon fromage préféré, le Boursault, aux tomates mozzarella et fais de superbes gâteaux au chocolat dans le moule sapin mais aussi un magnifique 7 au chocolat pour mes 7 ans par exemple !  Et bien sûr, les kinders surprises !  Il y a toujours un kinder suprise, quand on arrive.


On monte les deux marches vers le salon, il faut tout redécouvrir à nouveau (deux marches depuis la cuisine, mais trois marches depuis le palier : bien vérifier à chaque fois en faisant le tour plusieurs fois de suite), les canards de Grand-mère sous la table basse : y’en a-t-il des nouveaux ? puis souvent c’est Noël, et alors le sapin est déjà là, brillant de milles feux. Avec de la décoration en chocolat, oui, ça arrive parfois !! C’est qu’on est gâtés chez Grand-mère.
 
On pourra jouer au 8 américain le matin tôt avec elle, faire les puzzles chat (celui qui ramasse des pommes est mon préféré), jouer au loto des tables de multiplication, au mastermind, regarder des Disney, aller au marché ou passer chez M. Condaminet (c’est un endroit à sucettes pierrot Gourmand), et encore milles autres ateliers de dessins, de découpage, de pochoirs, etc..  On se déguise aussi, on joue dans les étages à monter et descendre les escaliers dans tous les sens de cette maison biscornue (monter pour redescendre quelle idée) et un jour Grand-mère ouvre une trappe dans le plafond (encore un tour de magie) et sort du grenier les jouets des parents : legos, playmobils, que l’on retrouve toujours avec plaisir.

J’aime dormir dans le lit superposé en regardant les posters étranges de pingouins et la carte du monde avec des épingles et en dévorant les bibliothèques roses ou les bds d’Achille Talon.

Puis parfois, c’est l’été, et on part alors à Genainville. Il y a des groseilles, Grand-mère nous montre comment les ramasser. On peut jouer tout seuls dans les sapins, à sauter dans la « grange » et avec elle au croquet, aux boules.  Il y a de vieux objets dans la maison, comme un très vieux téléphone a cadran et aussi un tourne disque !  Je me souviens d’une après midi à danser en rondes avec toi, Grand-mère.

Puis plus tard, c’est la rue de Beauvais, toujours beaucoup d’escaliers et de Noëls, de très beaux rosiers chouchoutés par Grand-mère, excellente jardinière. Toujours de belles tablées de fêtes, des jeux (surtout le scrabble, Grand-mère n’aime pas le monopoly)  et du ballon dans le jardin de devant. Un peu moins de Disney, je suis plus grande. Parfois, sans les parents, on déjeune devant Question pour un champion ! Dans le grenier, on continue à explorer les milles trésors que conserve Grand-mère : livres, bds, machine à écrire, appareils photos… on investit aussi sa chambre, pour jouer au scrabble sur l’ordinateur. Grand-mère dit rarement non..

Adulte, je reviens toute seule, il suffit de deux bus depuis Paris ! Grand-mère m’accueille lorsque je dois écrire mon mémoire d’éduc spé. On déjeune ensemble, on fait la sieste dans les chaises longues dans le jardin, puis mots croisés pour Grand-mère et mémoire pour moi. Merci de m’avoir aidée à avancer !

Maintenant c’est Versailles, depuis un petit moment maintenant où nous venons te voir !
Je suis très heureuse d’être là pour tes 90 ans avec Etienne.
Tu es venue jusqu’à Tours le rencontrer tout juste né, (car Grand-mère a toujours été une grande voyageuse, qui a fait le tour du monde !) et le voilà qui te rend visite à son tour pour la deuxième fois chez toi partager la fête ! (Et oui, c’est la St-Etienne le 26 décembre !).

Alors un très bon anniversaire Grand-Mère, en espérant que ces petits mots de notre part te feront plaisir.

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